INDUSTRIE SUCRIÈRE

 

L’AISNE AU PREMIER RANG

 

Plus de 70 000 hectares cultivés, 74 sucreries. Quand le siècle commence, le département en forme de betterave occupe déjà le premier rang en France pour la production sucrière. Une suprématie acquise à la fin du siècle précédent quand l’Aisne a dépassé le Nord au terme d’un essor continu depuis les années 1840. A la fin du 20ème siècle, avec une surface en betterave à peine supérieure (78 000 hectares récoltées en 1999) et 5 sucreries seulement, l’Aisne reste le premier département français pour la betterave sucrière.

 

Soixante-quatorze sucreries en 1900, ou comme on dit alors 74 ‘fabriques’ dispersées sur tout le département, d’Oisy dans le canton de Wassigny à Château-Thierry au Sud. Seules la Thiérache et la Brie sont restées à l’écart de l’expansion betteravière tenue par Saint-Quentin et Chauny avant 1850 et qui s’est achevée en 1892 avec la création de la sucrerie de Guignicourt sur les terres légères de la Champagne axonaise.

 

Le grand nombre de fabriques s’explique à la fois par la faiblesse de leur capacité (100 tonnes/jour pour les plus petites, 1 000 tonnes pour les plus importantes comme Origny ou Montcornet) et par le coût élevé du transport. Au-delà de quelques kilomètres, la rentabilité devient problématique. Les ingénieurs ne manquent pas d’imagination pour résoudre cet épineux problème : réseau de voies ferrées à voir étroite sur des dizaines de kilomètres autour de l’usine, comme à Marle, système de transbordeurs pour descendre les betteraves du plateau comme à Ciry-Salsogne, ou plus répandu encore, la râperie, cette usine annexe qui fabrique des jus envoyés ensuite par les canalisations souterraines jusqu’à l’usine centrale comme à Montcornet où cette invention a d’ailleurs vu le jour en 1866. Au début du siècle, on ne compte pas moins de 33 râperies dans l’Aisne, dont 13 rien que pour la sucrerie d’Origny-Saint-Benoite.

 

Premières restructurations

 

En 1900, la production sucrière de l’Aisne dépasse les 220 000 tonnes et elle vient de doubler en quinze ans. Une mutation capitale s’est en effet produite en 1884 avec l’adoption d’un nouveau régime fiscal pour le sucre. L’impôt est désormais prélevé à l’entrée de la sucrerie sur les betteraves, et non plus à la sortie sur le sucre. Un changement capital qui encourage la culture de betteraves sélectionnées plus riche en sucre et aussi l’adoption par les industriels d’un procédé d’extraction plus performant, la diffusion qui remplace la traditionnel pressage. Les fabriques qui ne remplacent pas leurs vieilles presses par des vases de diffusion sont condamnées à disparaître. En quinze ans, près d’une vingtaine disparaissent et ne voient pas le nouveau siècle.

 

Le siècle commence avec une crise sucrière. Face à la surproduction, les pays producteurs réunissent une conférence à Bruxelles (déjà !...) en 1902 pour établir des règles de bonne conduite. Le cours du sucre baisse. Certains spéculateurs sont emportés par la crise. Jules Jaluzot, le propriétaire des grands magasins du Printemps à Paris, avait racheté la sucrerie d’Origny-Saint-Benoite .En 1905, c’est la faillite. Trois ans plus tard, une cimenterie s’installe sur l’emplacement de l’ancienne sucrerie…

 

Des 51 fabriques en activité lors de la campagne 1913-1914, aucune n’est en état de fonctionner en 1918. La reconstruction de l’outil industriel s’accompagne d’une nouvelle restructuration encore plus radicale que celle des années d’avant-guerre. Les fabriques les plus petites ne sont pas reconstruites. Les autres préfèrent souvent regrouper leurs dommages de guerre pour créer des unités plus importantes dotées de l’outillage le plus moderne. C’est l’origine de puissantes sociétés comme l’Union Sucrière de l’Aisne à Aulnois-sous-Laon qui est constituée de sept anciennes sucreries ou de Sucreries et Distilleries su Soissonnais à Bucy-le-Long. De la même façon, les dommages de la sucrerie de Flavy-le-Martel servent à construire une nouvelle usine, mais à Eppeville dans la Somme. Quand la reconstruction est terminée en 1925, il ne reste plus que 12 sucreries dans l’Aisne et 9 râperies. Le paysage betteravier se transforme encore quelques années plus tard avec l’apparition de distilleries coopératives, à Vic-sur-Aisne en 1929 et à Origny-Saint-Benoite en 1932. Chacune de ces sociétés se dote en 1951 d’une sucrerie.

 

La course au gigantisme

 

A partir des années soixante, en même temps que la culture betteravière (utilisation de semences monogermes, disparition du travail manuel pour l’arrachage, augmentation des rendements : 4,5 tonnes de sucre à l’hectare en 1900, plus de 11 tonnes en 1999), l’industrie sucrière se transforme rapidement. C’est d’abord l’adoption de la diffusion continue qui remplace l’ancien système à vases. Les râperies disparaissent alors les unes après les autres (la dernière à Cramaille en 1968).

 

Pendant quarante ans, la capacité journalière des usines connaît une progression régulière qui n’est pas terminée. La sucrerie de Bucy, par exemple, qui travaillait avant 1939 1 200 tonnes de betteraves par jour, en travaille 2 150 en 1955 avec sa première diffusion continue. Cette capacité est portée successivement à 3 800 tonnes en 1961, 7 500 tonnes en 1976 et 10 000 tonnes en 1990. Dans cette course au gigantisme, l’usine d’Origny (groupe SDA) dépasse ses concurrents dans la dernière décennie du siècle : sa capacité est aujourd’hui de 18 000 tonnes/jour.

 

L’histoire sucrière est aussi rythmée par une série de fusions et d’absorption qui aboutissent à la fermeture de plusieurs sites au cours des quinze dernières années : Montcornet en 1988, Vierzy en 1992, Aulnois en 1993, Maizy en 1997…Combien y aura-t-il de sucreries dans l’Aisne en 2010 ?

 

Note : la sucrerie de Marle, construite en 1853, est en ce moment, en cours de démolition.

 

Article par Agnès Guzzi d’après 100 ans dans l’Aisne, Graines d’Histoire, 2000